Origine de la musicothérapie : découvrez son créateur

En 1944, un service hospitalier américain accueille pour la première fois des musiciens au chevet de soldats blessés, sur la base d’un protocole médical formel. Peu de temps après, l’Université d’État du Michigan lance un cursus universitaire entièrement dédié à cette pratique, officialisant ainsi sa reconnaissance académique.

Le nom d’Eileen Jackson Southern, musicologue et éducatrice, figure parmi les pionniers de son développement institutionnel, mais le psychiatre français Juliette Alvin s’impose dans l’histoire comme la figure centrale de sa codification en Europe. L’évolution de cette discipline s’appuie dès lors sur une collaboration étroite entre artistes et soignants.

La musicothérapie, une alliance ancienne entre musique et soin

La musicothérapie n’a rien d’une idée surgie de nulle part. Elle s’enracine dans l’Antiquité, au point de rencontre entre la musique et le soin. Dès l’époque grecque, on accordait aux sons un pouvoir sur l’équilibre du corps et de l’esprit. Les instruments comme la lyre ou l’aulos n’étaient pas de simples accessoires artistiques : ils servaient à influencer l’état intérieur, à soulager la souffrance ou à rétablir l’harmonie émotionnelle. Aristote s’est penché sur la dimension purificatrice des sons, tandis que Platon recommandait certains modes musicaux pour former le citoyen.

Dans la tradition hébraïque, la musique s’est imposée comme outil d’apaisement. L’histoire de David calmant les tourments de Saül grâce à sa harpe en est un exemple emblématique. Loin de se cantonner au bassin méditerranéen, cette conviction traverse aussi la culture chinoise : d’anciens traités médicaux y expliquent comment chaque note résonne avec un organe précis, influençant la santé globale.

Au fond, la musicothérapie s’apparente à une pratique d’accompagnement et de soutien fondée sur la musique et ses composantes. Le rythme, la mélodie, l’harmonie : autant d’éléments mis au service de la santé humaine à travers les siècles. Cette continuité éclaire la place singulière de la discipline dans l’histoire des liens entre art et soins, bien avant son cadrage scientifique au XXe siècle.

Qui a inventé la musicothérapie moderne ? Portraits de ses pionniers

La musicothérapie moderne prend véritablement son envol au XXe siècle, portée par quelques figures déterminantes qui ont façonné ses contours entre recherche clinique et structuration institutionnelle.

En 1954, Jacques Jost, psychologue et musicien, avance l’idée que la musique peut soigner. Il fonde le Centre International de Musicothérapie (CIM) et, en collaboration avec le psychiatre argentin Rolando Omar Benenzon, organise le tout premier congrès mondial de la discipline à la Salpêtrière en 1974. Benenzon, de son côté, crée à Buenos Aires une faculté entièrement dédiée à la formation de musicothérapeutes, développe la notion d’Identité sonore (ISo) et pilote l’équipe qui donnera naissance à la World Federation of Music Therapy (WFMT) en 1985 à Gênes.

En France, l’essor de la musicothérapie doit beaucoup à Edith Lecourt : psychologue clinicienne, enseignante-chercheuse à Paris-Descartes et cofondatrice du CIM, elle participe activement à la mise en place d’une formation universitaire structurée. D’autres acteurs jalonnent le parcours : Patrick L’Echevin, auteur de « Musique et Médecine », Patrick Berthelon, qui impulse la Fédération Française de Musicothérapie (FFM) en 2003 puis la Société Française de Musicothérapie (SFM) en 2012, ou encore Claire Oppert qui documente l’impact clinique des interventions musicales.

Grâce à ces initiatives, la discipline s’est dotée d’organismes de formation, de sociétés savantes et d’un ensemble de publications qui la font entrer dans le champ thérapeutique contemporain.

Des méthodes variées pour répondre à des besoins multiples

La musicothérapie ne se résume pas à une unique méthode. Ce qui en fait la richesse, ce sont la diversité de ses techniques psychomusicales et la pluralité de ses indications. Deux grands axes structurent la discipline : la musicothérapie active, centrée sur la création sonore, et la musicothérapie réceptive, axée sur l’écoute d’œuvres musicales.

Voici comment se déclinent ces deux approches majeures :

  • La musicothérapie active invite la personne à produire des sons, que ce soit par la voix, des percussions, l’improvisation ou le mouvement. Elle encourage la communication non verbale, la créativité, et sollicite aussi bien les fonctions motrices que cognitives.
  • La musicothérapie réceptive privilégie la sélection et l’écoute de musiques adaptées au contexte. Cette démarche vise à soutenir l’expression émotionnelle, l’évocation de souvenirs, la détente ou la stimulation sensorielle.

D’autres courants viennent enrichir ce socle. La biomusicothérapie, issue des travaux de Léon Bence et Max Méreaux, combine connaissances en musicologie et apports de la neurophysiologie. La psychophonie de Marie-Louise Aucher met en avant le rôle des vibrations vocales dans le bien-être corporel. Quant au principe de l’Identité sonore (ISo) de Benenzon, il propose d’explorer la signature sonore unique de chaque individu pour adapter l’accompagnement.

Le champ d’action de la musicothérapie est large. Patients hospitalisés, enfants autistes, personnes âgées en EHPAD, malades en soins palliatifs : tous peuvent bénéficier d’un accompagnement spécifique. Les interventions se déroulent aussi bien en institution qu’en cabinet libéral, parfois même à domicile, après une formation universitaire (Université Paul-Valéry Montpellier III, Institut de Musicothérapie de Nantes…) ou en centre spécialisé (AMBx Bordeaux, Atelier de Musicothérapie de Bourgogne). Malgré la reconnaissance par les pairs, la formation n’est toutefois pas encore sanctionnée par un diplôme d’État en France.

Femme musicienne souriante avec violon dans salle lumineuse

Quels bienfaits la musicothérapie apporte-t-elle aujourd’hui ?

La musicothérapie attire chaque année davantage de soignants et de chercheurs, fascinés par son impact sur l’humeur, le comportement, et la gestion de la douleur. Les résultats observés par Claire Oppert, musicienne et soignante en milieu hospitalier, sont parlants : l’introduction de moments musicaux lors de soins pénibles, notamment en gériatrie et en oncologie, atténue l’anxiété et la perception de la douleur, même en contexte de gestes médicaux intrusifs.

En EHPAD et auprès des personnes âgées, la musique ravive la mémoire, stimule la communication non verbale et réactive des capacités cognitives parfois enfouies. Pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, un simple air familier peut suffire à rétablir un lien, à susciter un sourire, parfois même à faire renaître une parole effacée.

Les enfants autistes profitent également de la musicothérapie, dont les bénéfices sur la gestion des émotions, l’attention et l’ouverture à l’autre sont aujourd’hui largement documentés. Dans les structures spécialisées, les séances collectives favorisent l’expression personnelle et l’apprentissage de l’interaction. Ici, la musique devient un langage partagé, un point d’appui concret.

En soins palliatifs, la musicothérapie propose un espace de réconfort, là où les mots ne suffisent plus. L’accompagnement s’ajuste à chaque personne : choix d’une œuvre, improvisation, écoute ciblée… Ce sur-mesure s’intègre à l’approche globale du soin, en complément des autres pratiques thérapeutiques.

La musique n’a pas fini de surprendre ceux qui la côtoient en soignant. Elle ne promet pas de miracles, mais elle continue, chaque jour, à ouvrir des portes que la parole ne franchissait plus.