Un Ricard bien frais en terrasse, c’est un rituel pour des millions de Français. La boisson est associée à la convivialité, au soleil, à un moment de détente. Mais derrière ce geste familier se cachent deux sources de risque distinctes : l’alcool lui-même et la réglisse qui entre dans la composition du pastis. Comprendre ces mécanismes permet de faire des choix plus éclairés, sans renoncer à l’apéritif.
Réglisse et glycyrrhizine dans le Ricard : un risque méconnu au-delà de l’alcool
Quand on pense aux dangers d’une boisson alcoolisée, on pense d’abord à l’éthanol. Avec le Ricard, il faut aussi compter avec la glycyrrhizine, un composé extrait de la racine de réglisse. C’est elle qui donne au pastis une partie de son goût caractéristique.
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La glycyrrhizine agit sur l’organisme d’une façon que la plupart des consommateurs ignorent. Elle favorise la rétention de sodium et l’élimination du potassium. En termes concrets, cela signifie que la réglisse peut faire monter la tension artérielle, même chez une personne qui n’est pas hypertendue à la base.
L’Anses a signalé que des cas d’intoxication grave liés à la réglisse nécessitent des soins d’urgence chaque année en France. Ces cas ne concernent pas uniquement des consommateurs excessifs : la sensibilité individuelle varie énormément d’une personne à l’autre.
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Interactions avec certains médicaments
Vous prenez un traitement contre l’hypertension ou un diurétique ? La glycyrrhizine du Ricard peut interférer avec ces médicaments. Elle amplifie la perte de potassium provoquée par certains diurétiques, ce qui augmente le risque de troubles du rythme cardiaque.
Parlez-en à votre médecin si vous prenez un traitement au long cours et que vous consommez régulièrement du pastis. Ce n’est pas une précaution théorique : l’hypokaliémie (la baisse du potassium sanguin) peut provoquer des palpitations et des arythmies avant même que l’on ressente un quelconque signe d’ébriété.

Effets de l’alcool sur le cerveau et la santé : ce que chaque verre produit
Le Ricard titre à 45 degrés avant dilution. Un verre standard de pastis (2 cl de Ricard + eau) correspond à une unité d’alcool, soit la même quantité d’éthanol qu’un demi de bière ou un verre de vin.
Santé publique France rappelle que l’alcool a des effets à long terme même en cas de faible consommation. L’idée qu’un apéritif quotidien serait sans conséquence est contredite par les données actuelles. Il n’existe pas de seuil de consommation totalement sans risque.
Le piège de la dilution
Le Ricard se boit allongé d’eau, ce qui donne l’impression d’une boisson légère. Le volume du verre augmente, mais la quantité d’alcool reste la même. Deux ou trois verres bien servis en terrasse représentent déjà une consommation significative.
Un autre piège fréquent : verser le Ricard « à l’œil ». Sans doseur, on dépasse facilement les 2 cl standard. Le passage de 2 cl à 4 cl double l’apport en alcool et en glycyrrhizine, sans que le goût change radicalement une fois l’eau ajoutée.
Consommation de pastis et réduction des risques : des repères concrets
Réduire les risques ne veut pas dire s’interdire tout plaisir. Cela veut dire poser un cadre réaliste. Voici les leviers les plus efficaces :
- Utiliser un bouchon doseur pour verser exactement 2 cl par verre. C’est le geste qui a le plus d’impact, car il contrôle simultanément l’apport en alcool et en glycyrrhizine.
- Alterner chaque verre de Ricard avec un grand verre d’eau plate. Cela espace la consommation et limite la déshydratation.
- Se fixer un nombre de verres avant de commencer l’apéritif, pas pendant. La décision prise à froid est plus fiable que celle prise après deux verres.
- Prévoir des jours sans alcool dans la semaine. La régularité quotidienne est plus dommageable pour le foie qu’une consommation occasionnelle équivalente en volume total.
Ces repères ne transforment pas le Ricard en boisson saine. Ils limitent l’exposition aux deux facteurs de risque (éthanol et glycyrrhizine) sans exiger un arrêt brutal que peu de gens tiennent dans la durée.
Quand la consommation devient un problème
Vous avez déjà remarqué que vous avez du mal à vous limiter à un seul verre ? Que l’apéritif quotidien est devenu un besoin plus qu’un choix ? Ce sont des signaux à prendre au sérieux.
Le sevrage alcoolique ne s’improvise pas. Un arrêt brutal après une consommation régulière et importante peut être dangereux et nécessite un accompagnement médical. Le service Alcool Info Service (0 980 980 930, appel anonyme et non surtaxé) permet d’échanger avec des professionnels sans engagement.

Pastis sans alcool : une alternative qui ne règle pas tout
Les pastis sans alcool se multiplient dans les rayons. Ils suppriment le risque lié à l’éthanol, ce qui est un avantage réel. En revanche, la plupart contiennent toujours de la réglisse et donc de la glycyrrhizine.
Pour une personne sous traitement antihypertenseur ou diurétique, un pastis sans alcool n’est pas forcément anodin. Le risque d’hypokaliémie persiste. Lire la liste des ingrédients reste le réflexe le plus fiable.
Ces alternatives ont leur place pour réduire la consommation globale d’alcool lors d’un apéritif. Elles ne doivent simplement pas être considérées comme totalement neutres sur le plan de la santé.
La dangerosité du Ricard tient à cette double exposition, alcool et réglisse, que peu d’autres boissons combinent. Adapter sa consommation en dosant précisément, en espaçant les verres et en tenant compte de ses traitements médicaux reste la démarche la plus réaliste pour qui ne souhaite pas renoncer à l’apéritif anisé.

