Pour une marche avec béquille réussie, le schéma dépend de l’appui que le médecin autorise sur la jambe blessée. Sans appui, les deux béquilles avancent puis la jambe saine passe devant. En appui partiel, les béquilles et la jambe blessée avancent ensemble, puis la jambe saine fait un pas normal. En appui complet, on passe à une marche alternée, puis à une seule canne.
La consigne d’appui vient du médecin ou du kinésithérapeute, jamais de la douleur seule : c’est elle qui décide du schéma à suivre.
Régler ses béquilles avant le premier pas
Le réglage se fait debout, en chaussures à talons plats, épaules relâchées. Selon la fiche de santé Montérégie, les béquilles se placent à environ 15 cm des pieds, avec deux ou trois doigts entre leur sommet et l’aisselle. La poignée arrive à la hauteur du poignet, bras le long du corps.
Une fois en main, le coude doit rester légèrement fléchi. Le Manuel MSD donne une flexion de 15 à 30 degrés : une poignée trop basse oblige à tendre le bras complètement, ce qui est inconfortable. Les deux béquilles doivent avoir exactement le même réglage, et les vis ou goupilles doivent être bien serrées.
Ce réglage vaut pour les béquilles axillaires, qui s’appuient sous le bras. Les cannes anglaises, qui prennent appui sur l’avant-bras, se règlent aussi sur la hauteur du poignet, mais sans écart sous l’aisselle.

Marcher sans appui sur la jambe blessée
La jambe blessée reste au-dessus du sol. Les deux béquilles se posent environ une longueur de pas devant soi, le poids reposant sur la jambe saine. On le reporte ensuite sur les poignées, puis la jambe saine avance et se pose un pas devant les béquilles. Le cycle recommence.
Le poids passe par les mains, jamais par les aisselles. Le Manuel MSD explique pourquoi : le nerf radial est superficiel à l’aisselle, et la pression d’une béquille trop haute ou mal utilisée peut provoquer une neuropraxie, c’est-à-dire une atteinte temporaire du nerf.
Marche à 3 temps en appui partiel
Quand le médecin autorise un appui partiel, la marche à 3 temps se décompose ainsi, d’après la fiche de santé Montérégie : on avance en même temps la jambe blessée et les deux béquilles, puis on fait un pas normal avec la jambe saine.
Le poids posé sur la jambe blessée est celui que prescrit le médecin, parfois exprimé en kilos. Une balance de salle de bains aide à sentir cette charge : on appuie le pied dessus, sans dépasser la valeur indiquée. Les premiers jours, mieux vaut raccourcir les trajets, car la marche prolongée peut faire gonfler la jambe, comme le décrit cette routine contre la jambe gonflée après l’effort.
Marche à 2 ou 4 temps quand l’appui est complet
Avec un appui complet, la marche devient alternée : une béquille avance en même temps que le pied du côté opposé. La version à 4 temps, plus lente, avance une béquille puis un pied à la fois et offre la meilleure stabilité. La version à 2 temps, plus rapide, déplace la béquille et le pied opposé ensemble.
Pour passer ensuite à une seule canne, on la tient du côté de la jambe saine, à environ 15 cm du corps, selon la fiche de santé Montérégie. Elle avance en même temps que la jambe blessée et ne dépasse jamais le pied. Si une boiterie persiste malgré la canne, mieux vaut en parler à un professionnel de santé avant d’abandonner la seconde béquille.
Les situations du quotidien (seuil, surface glissante, trajet avec les mains chargées) sont détaillées dans cet article sur les gestes du quotidien avec béquilles.

Escaliers, sièges et voiture : l’ordre des appuis
Dans l’escalier, la règle est simple : la jambe saine monte en premier, puis les béquilles et la jambe blessée la rejoignent ensemble sur la marche. À la descente, l’ordre s’inverse : les béquilles et la jambe blessée descendent d’abord, puis la jambe saine. Avec une main courante, on s’y appuie d’une main et on tient les deux béquilles dans l’autre.
Si l’escalier reste trop risqué, le Manuel MSD propose de le monter ou le descendre assis, une marche à la fois.
Pour s’asseoir, on touche la chaise avec l’arrière du genou sain, puis on retire les béquilles des aisselles et on les tient par les poignées, du côté de la jambe blessée. Une main s’appuie sur la chaise, l’autre sur les poignées, et la jambe blessée s’allonge vers l’avant. Pour se lever, on glisse au bord du siège et on suit le même enchaînement en sens inverse. Le même principe vaut pour la banquette d’une voiture : s’asseoir d’abord, puis faire entrer la jambe blessée.
Pour les rendez-vous de suivi, la voiture n’est pas toujours possible. Un transport médical pris en charge peut alors prendre le relais.
Douleurs aux aisselles ou aux poignets : les signaux à ne pas ignorer
Quelques erreurs reviennent souvent :
- Peser sur l’aisselle au lieu des poignées : c’est le geste qui expose le nerf radial.
- Des béquilles trop hautes ou trop basses, qui obligent à hausser les épaules ou à tendre le coude.
- Des embouts usés ou une surface mouillée : la fiche de santé Montérégie conseille un tapis ou une serviette à l’entrée du domicile pour essuyer les embouts et éviter de glisser.
Des fourmillements dans la main, une douleur qui augmente ou un mollet inhabituellement gonflé justifient d’appeler son médecin ou son kinésithérapeute sans attendre. Un nouveau réglage corrige souvent le problème en quelques minutes.
Tant que le médecin n’a pas levé la consigne d’appui, le schéma de marche reste celui de la dernière consigne reçue.

